Bienvenue

Bienvenue à toi, aventureux surfeur, qui vient s'échouer en quête de sens gustatif. Ici tu trouveras des récits d'agapes, des notes de dégustations bacchiques et des adresses prometteuses compilées avec amour.

dimanche 30 mars 2008

Weekend Viticole Part 3 : Groslay

Ces derniers temps, il semblerait, à l’instar des vide-greniers de province, que les salons viticoles se multiplient au risque de se télescoper. La saison me direz-vous. Certes, mais la tâche pour nous autres amateurs ne s’en trouve guère facilitée. Et bien qu’en l’occurrence, le mot tâche s’apparente difficilement à une corvée, nos foies auraient tendance à s’engorger rapidement (cf. les deux épisodes précédents).

Plus prosaïquement, c’est à la tenue des élections qu’on doit le décalage de planification du Salon des Vins de Groslay, le rendant concomitant à celui des Vignerons Indépendants. Qu’à cela ne tienne, c’est le cœur vaillant et fraichement levés (blâmons en cela le changement d’heure) que nous nous aventurons dans la banlieue Nord. Grace à Bidule, notre infaillible GPS, nous arrivons à la Salle des Sports, reconvertie pour l’occasion.

Verre en main, nous rendons d’abord visite à celui à qui nous devons d’avoir reçu une invitation, le très sympathique Vincent Ricard. Nous regoutons avec plaisir certains 2006 que nous avons découverts en juillet dernier à la propriété et faisons connaissance avec une partie des 2007 : les cuvées de gamay sont surprenantes car atypiques et les blancs secs ont beaucoup de puissance, surtout « Les Trois Chênes ».
Cerise sur le gâteau : « L’Effrontée » 2006, un très beau liquoreux qui prouve qu’en dehors du Sud-ouest, on peut faire du beau sauvignon en surmaturité.

Nous continuons dans le sauvignon mais plus en amont, chez Alphonse Mellot. Nous ne goutons que les blancs et seule la cuvée « La Moussière » trouve grâce à nos yeux. Et quand je dis grâce, c’est un euphémisme. « Grande claque dans la figure » serait plus approprié tellement le vin est puissant. Néanmoins, la bouche est bien équilibrée, voire élégante.

Puis, flânant au hasard, nous faisons connaissance avec les propriétaires du Domaine Denis Lattard, sis en Drôme du Nord. Leurs vins sont eux aussi atypiques :
- La Roussanne 2004 est citrus, poire, avec une pointe animale et très longue
- Le Condrieu 2003 est très complexe, figue verte, pêche jaune et miellé.
- Les cuvées de Syrah sont toutes plus puissantes les unes que les autres. 2003 est énorme !
- Enorme « petite douceur » avec la cuvée « Lattardive », du viognier en surmaturité, qui ressemble à du raisin sec de Smyrne.

Retour à plus de légèreté chez Jacky Blot. Nous avons l’occasion de goûter le Montlouis « Rémus » (sec) 2006 que nous avons commandé en primeurs. Pari gagné, c’est vraiment l’un des plus beaux secs de cette rive de la Loire. Les cuvées de moelleux et liquoreux ne sont pas en reste. Plus la sucrosité augmente, plus la sensation de légèreté augmente en parallèle. Le point culminant est atteint avec la cuvée « Romulus » 2006. Son prix malheureusement dissuasif nous laisse un petit pincement au cœur.
Nous avions gouté les tous premiers bourgueils du Domaine de la Butte après son rachat par Jacky Blot en 2002 et le résultat était déjà très prometteur. Après quelques années de travail du sol, les vins ont gagné en précision. La cuvée « Mi-Pente » est bien loin des cabernets-francs végétaux qu’on rencontre parfois. La maturité est là, bien visible dans les tannins que même Gwenola apprécie. Pour un plaisir plus immédiat, car « Mi-Pente » supportera sans problèmes quelques années de repos, nous avons retenu le « Haut de la Butte ».

Avant-dernière visite au Domaine de Trapadis. De jolis Cotes-du –Rhône et un très beau Rasteau VDN, « confiture de mure et cerise » dixit ma Romanée-Conti.

Dernière visite chez Monsieur Régis Bergheaud, apiculteur à Coulouma, qui fait uniquement des miels mono-floraux. Le premier est un miel de lavande délicieusement parfumé pour mettre sur les tartines du matin. Le second que nous goûtons est un miel d’arbousier extrêmement amer qui parait-il fait des merveilles en cuisine. Nous ne manquerons pas de tester prochainement.

Nous terminons cet épuisant weekend au thé, accompagné de gâteaux et petits fours que nous sauvons de l’abandon chez notre boulanger-pâtissier favori.

François

vendredi 28 mars 2008

Weekend Viticole Part 2 : Lorsque vins et fromages se retrouvent autour d’une table

Notre ami Bobosse et sa femme Brigitte ont organisé un dîner fromages et vins pour douze convives.
L’accueil de nos maîtres de cérémonie est très chaleureux et on commence à entendre quelques rires au moment de passer à table.

Pour commencer, Crémant de Bourgogne, Domaine du Grison ; une bouche en finesse sur l’abricot et la pêche qui nous met en appétit.

Pour les mises en bouche, nous partons dans la Loire avec une variation sur la chèvre : Tambourin, Valençay et Brique frais ; Charolais, Bonde et Boutons secs. Trois vins sont servis pour accompagner les fromages : St Peray Blanc, Domaine Alain Voge, cuvée « Fleur de Crussol », 2005 ; Saumur Blanc, Domaine des Roches Neuves, cuvée « Insolite », 2006 servi carafé et un Pouilly-Fuissé, Domaine Michel Delorme, cuvée « Vieilles Vignes », 2004 : J’ai beaucoup aimé le Saint Peray qui malgré son jeune âge se révèle déjà complexe, puissant et long.

Le deuxième service se compose d’un seul fromage, un Saint Jacques (Coulommiers) au cœur crémeux à la truffe. Un seul fromage pour trois vins : Chassagne-Montrachet, Premier Cru Clos St Jean, Domaine Michel Niellon, 1999 ; Pomerol, Château Taillefer, 2000 (carafé) et Pomerol, Château Beauregard, 1993 (carafé).
Le côté animal des Pomerols se marie très bien avec la truffe. J’ai une préférence pour le Beauregard 93 pour ses tanins souples, son fruité fruits noirs et sa belle vivacité. Le Saint Jacques, étant un fromage assez doux, supporte bien le vin rouge.

Les fromages à croute lavée (Munster, Livarot, Pont L’Evêque et Epoisses) sont servis avec un Puligny-Montrachet, Premier Cru Les Pucelles, Domaine O. Leflaive, 1995 et un Gewurztraminer, Grand Cru Pfersigberg, Domaine Paul Ginglinger, 2002.
Seul, je trouve le Puligny d’une très grande classe, mais il se trouve un peu écrasé par les fromages. A l’inverse, le Gewurztraminer seul avait une amertume un peu gênante mais avec l’époisses c’est une révélation. Les notes de roses du vin et le côté butyrique du fromage se marient superbement bien. Pour moi, c’est l’accord de la soirée.

Quatrième service avec les pâtes persillées (Roquefort rouge et bleu, Fourme d’Ambert et Bleu de Chèvre). Il fallait bien trois vins pour les soutenir : Gewurztraminer Vendanges Tardives, Domaine Paul Ginglinger, 2005 (carafé) ; Coteaux du Layon Chaumes, Domaine Blanchereau, cuvée « Privilège », 1997 et Sauternes, Château Bastor Lamontagne, 1975.
Dans le premier verre nous avons un macaron à la rose et aux framboises, dans le deuxième la pureté du chenin avec l’élégance et la fraîcheur du botrytis et enfin dans le troisième verre la force du sémillon botrytisé avec un début d’oxydation.
Le bleu de chèvre met tout le monde d’accord en les écrasant tous. Mais le Roquefort rouge et le chenin font un très joli couple.

Petite pause verte avec de la mâche et de la roquette en vinaigrette.

Les fromages à pâtes pressées cuites et non cuites composent le cinquième service (comtés, mimolette et vieux gouda). Côté vins c’est un carton plein jurassien Traminer, Domaine André et Mireille Tissot, 2006 ; Côtes du Jura Vin Jaune, Château d’Arlay, 1999 et Arbois Vin Jaune, Domaine Rolet, 1983.
Belle découverte avec le Traminer, frais, aérien, citrus et floral que je ne connaissais pas. Par contre, je confirme que le Savagnin c’est pas mon copain sauf dans la cuisine !

Après tout ce sel, une petite touche sucrée est la bienvenue. Ne pouvant malheureusement goûter le tiramisu aux fruits rouges sous peine de finir aux urgences à cause des cerises, je me rabats sur le crumble aux pommes et le Porto Vintage, Sandeman, 1967 (carafé).
Superbe vin sur les fruits rouges et noirs confiturés. Très long et sans lourdeur.

Enfin thé et café avec quelques fritures et mendiants au chocolat.

Un grand merci à Brigitte et Bruno de nous avoir accueillis chez eux et à tous les amis présents qui ont apporté bouteilles et bonne humeur.

Gwenola

Weekend Viticole Part 1 : Au Salon

Un weekend de foliiiiiie nous attendait.

Acte Un : vendredi 10h, Espace Champerret, au Salon des Vignerons Indépendants.

Pour ce rendez-vous bisannuel, notre programme était plutôt allégé en prévision d'une virée printanière en Pays de Loire. Néanmoins, nous avons fait quelques découvertes intéressantes.

Suivez-nous...

On attaque par les blancs au stand de François Chidaine, producteur de Montlouis et Vouvray. Les 2006 sont marqués par des sucres résiduels, y compris sur les vins secs. Cependant, les équilibres sont bons et la signature Chidaine (droiture, netteté) est bien présente. A revoir en juin.

Un peu plus en aval, chez Jo Landron (Domaine de la Louvetrie) : des muscadets haut de gamme dont les cuvées Amphibolite et Fief du Breil sont les fers de lance. J'aime également beaucoup la cuvée Hermine d'Or malheureusement absente. A revoir également en juin.

Quand on aime, on y revient... nous revoyons avec plaisir Madame Laroche mère et Mademoiselle Laroche fille, encore célibataire ;) , du Domaine aux Moines. Connaissant bien leurs vins, nous nous contentons de regouter une connaissance lointaine, à savoir le Savennières-Roche-aux-Moines 1999. Une bouche riche, droite, tout en miel, miam !

Après une bonne heure passée à discuter et un verre d'excellent Anjou-Village rouge 2004, nous poursuivons notre périple.

Au fil des allées, je remarque un visage inconnu mais sympathique derrière un stand jurassien. Grand amateur des vins de la région, je pars en exploration de la production. Jean-Luc Mouillard est vigneron à Mantry, entre Poligny et Arbois. Parmi une gamme classique, nous (oui, je dis bien 'nous' car, après moults "c'est pas bon", Gwenola découvre enfin des vins du Jura qui trouvent gré à ses yeux), nous donc retenons :
- Le Cotes du Jura 2004
- Le Chateau-Chalon 2000
tous deux avec beaucoup de finesse et d'élégance. Les rouges sont également intéressants.

Changement de région. Nous profitons de la présence de nombreux (huit stands...) vignerons corses pour nous replonger dans les spécificités des vins de l'Ile de Beauté.
Nous commençons par le Domaine Torracia. Le blanc, pur vermentino, est plaisant mais sans plus. En revanche, une belle gamme de rouges dont la cuvée Oriu reste le point d'orgue.
A l'inverse, au Clos Culombu, nous retenons le blanc très expressif.

En prévision de notre soirée chargée (voir épisode suivant), nous écourtons la dégustation corse pour nous pencher sur un stand fortement recommandé : le Domaine Rabasse-Charavin.

A Cairanne, Corrine Couturier produit Cotes-du-Rhône, Cairanne et Rasteau. Tous les vins sont de bonne facture et à des prix raisonnables.

Un dernier détour au stand du Domaine Cady, où nous rencontrons Alexandre pour la première fois. La relève étant assurée, nous dégustons sereinement le Layon Saint-Aubin 2006. Pour les Cady, il s'agit d'un millésime hors-norme car les liquoreux en seront absents. Nous dégusterons "Les Varennes" en juin prochain.

Une fois de plus, et contre toute attente (et autre bonne résolution...), nous quittons l'Espace Champerret un peu chargés et pressés de rentrer nous reposer un peu avant l'épreuve du soir.



François

samedi 22 mars 2008

Hydrocarbures... avec deux 't' comme dans cheval...

Dans notre vocabulaire, il est des mots qui ont une résonance toute particulière : partage, amitié, plaisir.
Depuis hier, il s'est enrichi du mot folie. Non pas folie pathologique mais folie douce. En effet, comment décrire autrement la soirée d'hier ?

Éric et Jean-Paul sont deux passionnés, que dis-je, deux extra-terrestres. Tous deux ont constitué des caves qui en font rêver plus d'un (à commencer par nous...). Cependant, contrairement aux buveurs d'étiquettes et spéculateurs de tous poils, ils ont ce sens du partage qui ont font des convives et amis très précieux. Jugez plutôt :

Au sein du restaurant "Le Goût des Hôtes" (rue de Constantinople), ils avaient convié 12 amateurs passionnés, dont bien entendu nous étions, alléchés par un programme sujet à nombre de spéculations. Bouteilles de légende, millésimes mythiques, chacun y allait de son pronostic pythonisse.
Nous ne fûmes point déçus.

Je vous épargnerai une longue litanie (26 bouteilles...) en ne conservant ci-après que les commentaires les plus intéressants :


* Une robe ambrée, un vin perlant dans le verre. Un nez de rancio (cire/miel) évoluant sur l'orange confite puis la morille et le sucre cuit. Une bouche, perlante, s'épanouissant sur la puissance et la longueur. Dom Pérignon 1964.

* Une robe jaune/verte, très limpide. Le nez est expressif, légèrement boisé, floral/herbacé. L'attaque est vive, la bouche s'épanouit sur un équilibre rondeur/acidité. Muscadet Fief du Breil 1995 du Domaine de la Louveterie.

* Une robe ambrée claire. Le nez est très expressif, rose et fenouil, puis litchi/mangoustan. Aéré, il prend des notes d'épices anisées (carvi/cumin). L'attaque est souple, la bouche est un peu aqueuse mais présente des arômes très fins. Tout le monde s'accorde pour deviner un Gewurztraminer 1967 de Mosbach.

* Une robe or clair. Un nez expressif de truffe blanche. Une attaque franche, une bouche riche, équilibrée, longue sur la poire. Gwenola mise sur un sauvignon et gagne : Pouilly Fumé "Pur Sang" 1990 de Didier Dagueneau

* Une robe rubis foncé. Le nez est expressif, puissant : piment/poivre et champignon de Paris. Une pointe fugace de truffe à l'aération. La bouche est peu ample, tannique en finale. Des arômes un peu volatils, tabac, végétal. Chinon "Les Varennes du Grand Clos" 1989 de Charles Joguet.

* Une robe rubis. Un nez fin et expressif de piment doux/lacté, évoluant vers des notes florales puis de tabac. La bouche est fraîche, dominée par l'acidité. Chinon "Les Varennes du Grand Clos" 1989 de Charles Joguet en franc de pied.

L'exercice était très intéressant, les deux vins n'ayant que peu de points communs à la dégustation, et divise l'assemblée quant à leur préféré. Quoi qu'il en soit, les deux se sont montrés très beaux.

* Une robe évoluée. Un nez viandé, animal avec de la mûre. La bouche est fraîche, tannique. Nuits Saint Georges 1er Cru "Champs Perdrix" 1985 de Michelot (en magnum).

* Une robe évoluée. Un nez expressif. La bouche est policée, sans aspérités, sur des arômes de fruits. Château Haut-Bailly 1981 (en magnum). Il fut à nouveau à l'honneur pour le weekend pascal pour accompagner le traditionnel gigot.

* Une robe rubis clair, évoluée. La bouche est équilibrée, le vin fin et élégant sur des notes de tabac. Château Haut-Bailly 1962.

* Une robe or. Un nez de pétrole et d'hydrocarbures. "Hydrocarbures ?". "Ça s'écrit avec deux 't' comme dans cheval" (JP était en forme, comme à son habitude...). Riesling donc. La bouche est sucrée avec un bel équilibre acidité/rondeur. "Burg" 1990 de Marcel Deiss.

* Une robe or clair. Un nez d'"huître après l'Amoco Cadix" (Éric n'est pas en reste...). La bouche est élégante avec de la rondeur. Riesling Grand Cru Hengst, vendanges du 28/11/1979 de Jossmeyer .

* Une robe tuilée. Un nez expressif. Une bouche sur l'acidité et le rancio. Muté ? non, mais l'alcool en interpelle quelques'uns : "L'alcool ne tue pas les levures, l'alcool inhibe les levures". "Ça inhibe ta mère !" (Oliv : one point...). Une bouteille mythique : Coteaux du Layon 1947 du Château de Fesles.

Nous terminons par une trilogie de sauternais : Château Coutet 1975, Château Raymond-Lafon 1970 et Yquem 1991.

Que dire de plus ?

D'abord remercier chaleureusement les organisateurs en nous demandant comment nous pourrions bien leur rendre la pareille. Remercier également le maître des lieux qui a bien voulu accueillir toute une bande de bruyants fous furieux et nous préparer un menu de circonstance, à la fois délicieux et léger.

Si j'étais d'humeur philosophique, je dirais que c'est pour ce genre de soirée (entre autres) que la vie vaut la peine d'être vécue. Je me contenterai d'en garder un souvenir ému et expectatif.

François

mercredi 19 mars 2008

Edito N°3 : Trafics d'influences

Gwenola et moi avons terminé la lecture du dernier ouvrage de Jonathan Nossiter, « Le Gout et le Pouvoir ». Pour les quelques terriens qui se seraient expatriés sur Alpha du Centaure ces dernières années, Nossiter est l’auteur du controversé « Mondovino ».
En résumé, ce livre présente la genèse du film et la rencontre de certains de ses protagonistes. Tout au moins se présente-t-il comme tel car l’auteur en profite pour exposer ses opinions sur le monde du vin en général et sur certains acteurs, directs (vignerons, cavistes) ou indirects (restaurateurs), de ce domaine. Et c’est là que le bât blesse… car à vouloir mélanger les genres, le résultat devient parfois indigeste.
Développons.
Jonathan Nossiter aurait pu utiliser son matériau pour écrire trois ouvrages :
- « Dialogues avec les Vignerons »,
- « Les Adresses de JN »,
- et « Le Diktat des Gourous du Vin ».

« Dialogues avec les Vignerons » :
Pour la plupart, il s’agit de rencontres dans le cadre du tournage de « Mondovino » ou de dégustations en compagnie de vignerons et amis. JN expose sa quête d’un langage de description du vin accessible au profane, c’est-à-dire hors du jargon des « experts ». Malgré tout, c’est une quête un peu vide de sens car s’il se veut non- ou anti-élitiste, JN ne tarit pas d’éloges sur les stars inaccessibles, surtout au commun des mortels.

« Les Adresses de JN » :
Pour nous, gourmands impénitents, ce recueil a tout pour nous enchanter et nous avons eu l’occasion d’évoquer dans TlBCouF (notre blog) notre passage à La Cagouille suite à la lecture de « Le Gout et le Pouvoir ». Mais il ne s’agit pas seulement d’un catalogue d’adresses, bonnes ou mauvaises. JN s’en sert pour mettre en perspective certains aspects des relations entre restaurateurs, cavistes et monde du vin : cherté des vins au restaurant, accords mets/vins et leur mise en valeur, choix proposé par les cavistes, etc. Passons sur le coup de griffe contre l’Atelier de Joël Robuchon, aussi inexplicable que les jugements du guide du pneu... En revanche, les dialogues avec le responsable des achats de vins de Ducasse sont intéressants et malheureusement déplorables. En substance, le consommateur ne se rend pas au restaurant pour boire du vin et il est inutile de lui proposer de découvrir d’autres bouteilles que les sempiternels bordeaux. Nous ne pouvons évidemment pas adhérer à ce propos. Ceux qui nous connaissent savent que pour nous les mets et les vins sont indissociables et que les sommeliers ont certainement plus de plaisir à dialoguer avec les clients qu’à servir d’ouvre-bouteilles.

« Le Diktat des Gourous du Vin » :
Je ne connais pas JN, tout au moins pas comme on connaît un ami, son passé, son vécu. Aussi, je ne peux expliquer l’origine de sa diatribe contre :
- les experts-dégustateurs qui font la loi du marché (Parker, Bettane, la Revue du Vin de France),
- les winemakers planétaires qui veulent imposer un gout unique et standardisé du vin à la planète (à commencer par Michel Rolland, plus quelques autres),
- les hommes politiques néo-libéraux coupables d’encourager la mondialisation (Bush, Sarkosy, etc.).
A mettre ainsi tout le monde dans le même panier, on se demanderait presque s’il n’existerait pas un complot international visant à dicter à l’humanité ce qu’elle doit penser, faire et manger.
C’est malheureusement une vision extrêmement manichéenne, qui nous rappelle que JN, bien que citoyen du monde, est d’origine étatsunienne. S’il n’a pas tout à fait tort sur le fond en ce qui concerne le pouvoir des experts et l’uniformisation des gouts, la forme est tout à fait maladroite. Ceci expliquant certainement les levées de boucliers suite à la parution du livre.

JN a une belle plume mais au final, son propos ne nous convainc pas et nous laisse un sentiment mitigé. Sans rigueur et mesure, même un grand chef peut faire un plat indigeste.

François

dimanche 16 mars 2008

MODERN LOVE


Séance de cinéma dominicale.

C'est avec un oeil acéré et sans concessions que nous découvrons le nouvel opus de Stéphane Kazandjian, "Modern Love". Ce jeune père de famille, auteur complet (scénariste et metteur en scène), nous livre l'histoire, en partie autobiographique, d'un scénariste trentenaire qui croise d'autres trentenaires qui, comme lui, cherchent, trouvent, perdent, retrouvent l'amour.


Refrain connu me direz-vous... certes, mais l'originalité du film est "le film dans le film" : "Modern Love", écrit par le scénariste (Pef) qui conte une histoire d'amour de cinéma avec héroine séduisante (Alexandra Lamy) et héros charismatique (Stéphane Rousseau) qui se cherchent, se trouvent, se perdent, pour se retrouver dans un épilogue de conte de fée. Cette comédie romantique sert de fil rouge aux aventures sentimentales des personnages "réels", entre séparations douloureuses, tentatives de reconquètes ridicules et bonheurs éphémères.


Soulignons :
- l'excellent casting : Pef dans ce quasi contre-emploi de scénariste torturé, Bérénice Béjo, femme parfaite, qui rencontre son homme parfait en la personne de Stéphane Debac, Kad Merad...
- les très bons dialogues,
- les chansons (on aime, moins les chorégraphies...),
- les clins d'oeil à la famille (private joke !!).


Bref, c'est gai, divertissant et, contrairement à ce qu'en pensent les critiques, on n'en demande pas plus.
Allez-y !!

François

jeudi 13 mars 2008

Le Meurice, quel délice...

Il y a des jours, ou des soirs, où les choses ne se déroulent pas tout à fait comme on l’avait prévu, où le flot des évènements nous entraine à notre insu. Quelquefois, on résiste. Quelquefois, la promenade est si belle qu’on se laisse dériver au fil du courant…

Nicolas Rebut, chef sommelier du Meurice, avait une idée en tête : organiser des dégustations apéritives. Prenant prétexte la réouverture de l’espace restauration de l’hôtel, suite aux travaux menés par Starck, la première de ces dégustations a eu lieu ce jeudi au 228, le bar de l’hôtel.
Le principe est simple : (faire) découvrir en une heure quatre à six vins d’une même région, chacun accompagné de bouchées spécialement préparées par Yannick Alléno.

Au programme : le champagne.

Le vin : Laurent Perrier Ultra Brut (55% chardonnay, 45% pinot noir, dégorgé au deuxième trimestre 2006).
La robe est jaune pâle. Un premier nez grillé, frais, légèrement agrumes, plus minéral à l’aération. Une attaque vive, une bouche fraiche avec un équilibre sur la matière et l’acidité (acidité saline). Bien +.
Le met : une gelée de choux rouge surmontée de moule, coquille Saint-Jacques, coque et langue d’oursin. Le met très iodé est adouci par la gelée, à la texture de laquelle répond le mordant/croquant des coquillages Très bien.
L’accord : l’accord est d’une grande persistance sur le coté iodé/salin et très minéral. Très bien.


Le vin : Veuve Cliquot Ponsardin Vintage 1995 (dominante pinot noir, avec chardonnay et pinot meunier).
La robe est or. Un premier nez discret de caramel/dragée, qui gagne en profondeur à l’aération (crème pâtissière). La bouche est riche, encore bien effervescente, équilibrée sur l’acidité et la sensation tannique. L’acidité domine en finale avec des arômes fin s de fruits jaunes. Bien +.
Le met : Foie gras assaisonné de poivre de Malabar pané au riz sauvage. La bouchée est à la fois onctueuse (foie) et croquante (riz), on en a plein la bouche et on a peine à avaler tellement c’est bon… Très bien.
L’accord : c’est un accord de matière, tout en souplesse qui s’installe, le vin sublimant le plat et prolongeant le plaisir gustatif. Très bien.


Le vin : De Sousa Brut Tradition (50% chardonnay, 40% pinot noir, 10% pinot meunier).
La robe est or. Le nez est coumarine/fève tonka. La bouche présente une très belle matière en rondeur et beaucoup de richesse, sur des fruits jaunes. Le tout est très élégant. Très bien.
Le met : Millefeuille de Saint-Jacques aux herbes fraiches. Souplesse de la noix de Saint-Jacques, fraicheur des herbes… Très bien.
L’accord : avec sa fraicheur, le met réveille le vin pour conclure une alliance souple en texture et vive en arômes, d’une grande persistance. Très bien.


Le vin : Jacques Selosse « Substance » (100% chardonnay, élevé en solera).
Très effervescent. La robe est ambrée, légèrement trouble. Un nez de toffee qui évolue après quelques minutes sur le tabac et la vanille de Tahiti. Le vin se présente en bouche comme certains xérès : sec et tout en rondeur, très fin et très aromatique. Très belle longueur. Très bien.
Le met : Tastou de pain Poilane aux truffes noires. Pain, beurre salé et lamelles de truffes… Très bien.
L’accord : les notes oxydatives du vin répondent à l’arôme puissant de la truffe, le croquant du pain équilibre la rondeur du vin. C’est un très bel accord d’équilibre entre deux poids lourds. Très bien.


Le vin : Alfred Gratien Cuvée Paradis Brut Rosé (dominante de chardonnay).
La robe est framboise claire. Le nez est discret (citronné). La bouche est très présente, vive, bien aromatique (fruits rouges/framboise). Bien +.
Le met : Veau de Corrèze aux tomates confites relevé de confiture de piment d’Espelette. La tomate explose en bouche, relevée par le piment, le tout étant porté par la structure du veau cuit rosé. Très bien.
L’accord : accord de couleurs en premier lieu. Avec le vin, la tomate prend encore plus de relief, le veau apportant une touche de fond viandée. Très bien.


Sur ce, mis en appétit, nous nous interrogeons. Rentreront, rentreront pas… Puis, d’un air de défi teinté d’un sourire narquois, ma moitié, que dis-je, ma perle, ma gemme, ma rivière de diamants !! me lance « et si tu allais voir s’il reste une table ? ». N une ni deux, je relève le défi. Heureux hasard ou caprice du destin, c’est avec un sourire encore plus narquois que le sien que je reviens lui annoncer que ladite table nous attend.

Mis en appétit mais pas affamés pour autant, nous optons pour la formule light : plat et dessert. Pour les plats nous optons pour un « Blanc de bar à la vapeur de feuille de cerisier, mousseline de petits pois relevée au wasabi, champignons et fruits relevés au vinaigre » et un « Homard bleu cuit sous le grill et arrosé de beurre fondu au gingembre, pointes d’asperges au jus de carcasses aux algues et yuzu, les pinces à la mayonnaise de corail ».

Nicolas Rebut, qui nous avait laissés au bar, nous retrouve avec un grand sourire et, pour nous faire patienter et faire plaisir aux amateurs que nous sommes, nous offre gentiment un verre de Vouvray sec « Le Mont » 2004 du Domaine Huet. Le nez est discret, peu typé chenin. En revanche, en bouche, c’est un vrai chenin sec, vif, droit, très net, avec une finale miellée. Très bien.
Arrive le moment redouté des sommeliers : la lecture intégrale et exhaustive de la carte des vins. Palace oblige, les prix sont élevés. Aussi, et surtout à cause de la quantité de vin déjà ingérée, nous nous contentons de choisir un vin au verre.
Pour ma moitié, que dis-je, ma crème brulée, mon millefeuille vanille, mon tiramisu !! le Corton-Charlemagne 2001 de Bonneau du Martray : un nez beurré qui ne déviera pas d’un pouce tout le long du repas, une bouche qui n’est pas exubérante mais qui s’apparente à une Rolls-Royce : un grand confort qui vous emporte loin, loin, loin... En bon français, une matière ample et une très grande longueur qui n’en finit pas. Magnifique.
Je me « contente » d’un Riesling Schlossberg 2004 de Paul Blanck : un nez épicé, une bouche en rondeur avec une pointe de sucre résiduel, bien équilibrée. Très bien.

Les plats arrivent, avec leur petit cérémonial de mise en place car le bar est emmailloté dans les feuilles de cerisier marinées au vinaigre de griottes. Une fois de plus, Yannick Alléno nous bluffe avec des accords de saveurs insoupçonnés. Le bar a capté le parfum des feuilles de cerisier marinées, le wasabi et les petits pois s’accordent à merveille et les petits champignons japonais au vinaigre réveillent le tout. Le homard est grand, les asperges somptueuses et je regrette que le crustacé n’ait pas quatre pinces pour profiter encore plus longtemps de la mayonnaise au corail.

Petit break avant les desserts. Ayant fait l’impasse sur le plateau de fromages (sympathique au demeurant), nous nous laissons tenter par la proposition du maitre d’hôtel : un cœur de laitue pour ma romaine et une variation poire/beaufort pour moi. Une fois encore, les intitulés sont trompeurs. La laitue arrive reconstituée, les feuilles détachées ayant reçu un coup de pinceau de vinaigrette avant d’être « remontées ». Dans mon assiette, des bâtonnets de poire fondante sont recouverts de deux toasts d’une épaisseur papier-à-cigarettesque constitués de pain Poilane, de beaufort et de poivre passés sous le grill. Fraicheur, saveur et légèreté. Que demander de plus avant de passer aux desserts… ? Les pré-desserts bien sur !!!

On ne les attend pas. On les redoute parfois. Mais là… comment passer à coté du travail, que dis-je, de l’art de Camille Lesecq, le chef pâtissier.
Arrivent, dans une même assiette, une sucette de guimauve à la mandarine (Raaaahhh… j’adore la mandarine), un petit macaron citron à la mousse de citron vert, un petit dôme framboise/litchi et un chocolat à la menthe. Je manque de vocabulaire (oui, oui…) pour exprimer toutes les sensations gustatives procurées par chacune de ces mignardises.

Enfin, les desserts proprement dits. Mais que Camille a-t-il fumé le jour où il a imaginé ces OGNI (Objets Gourmands Néanmoins Improbables) ?? Jugez plutôt : « Gelée de concombre aux perles de citron et à la fleur de bourrache dans une coque de chocolat blanc » et « Blancs battus au cœur de mangue coulant, marbré de mahon au pruneau moelleux relevé au gingembre ». Tentons l’explication…
Dans l’assiette de ma compagne en sucre d’orge, trois sculptures composés chacune de deux hémisphères en chocolat blanc, séparés par une très fine rondelle de concombre et renfermant la gelée de concombre et les perles de citron. Imaginez le croquant du chocolat, la fraicheur du concombre, l’explosion des billes de citron et la vivacité du jus ainsi libéré. Extra-terrestre…
Pour ma part, un cube blanc repose sur une feuille arachnéenne de mahon (fromage de vache espagnol) à la figue, entouré par des perles de sirop au gingembre. De la chose, une fois ouverte à la cuillère, s’écoule un jus à la mangue tel le jaune d’un œuf mollet. De l’art vous dis-je…

Comme si le plaisir de l’instant n’était pas suffisant, des petites attentions nous ont encore plus touchés. Voyant passer les bouteilles des vins au verre accompagnant le menu dégustation de la table voisine et m’attardant sur les étiquettes, je me vois proposé par les sommeliers de gouter les dits vins. En l’occurrence deux :
- le Cote-Rôtie « Les Jumelles » 2004 de Jaboulet,
- et le Banyuls « Galatéo » 2004 du Domaine de la Coume Del Mas.
Le premier, bien que bien typé syrah, manque de relief. En revanche, le second est superbe de puissance et de fruit.

Je demande l’addition. Sur ce, l’accorte soubrette à qui j’avais demandé de complimenter Camille revient avec une petite boite. Un peu soupçonneux, je l’ouvre et découvre quatre sucettes de guimauve à la mandarine (vous ai-je déjà dit à quel point j’aime la mandarine ?), cadeau de la maison au gourmand impénitent…

Nous quittons finalement ce délicieux lieu de débauche, heureux, grisés et gagnés par une torpeur ensommeillée, pour profiter d’une nuit courte mais méritée dans nos pénates.

François