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Bienvenue à toi, aventureux surfeur, qui vient s'échouer en quête de sens gustatif. Ici tu trouveras des récits d'agapes, des notes de dégustations bacchiques et des adresses prometteuses compilées avec amour.
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mercredi 5 mars 2025

L'Abysse, une table au sommet


N'allez pas croire, fidèles lecteurs, que nous soyons monomaniaques. Seul un fort heureux concours de circonstances nous a mené à visiter deux restaurants japonais à un mois d'intervalle. Si le premier -Yushin- fut choisi à la dernière seconde, j'ai réservé le second bien à l'avance afin d'y fêter l'anniversaire de ma Comtesse.
En effet, pour son plaisir (et le mien), je laisse Cousin Hub nous conduire au Pavillon Ledoyen, vaisseau amiral de Yannick Alléno. Dernière surprise pour ma Comtesse, car le pavillon abrite trois établissements étoilés, nous sommes conduits à L'Abysse, le restaurant japonais doublement étoilé.

L'Abysse, est un petit écrin (25 couverts environ), bâti comme un lagon de corail blanc. Nous nous installons au comptoir, face au Maître Sushi Tomizawa Katsutoshi, pour déguster un menu Omakasé de très très haute volée. Jugez plutôt...

Le menu commence avec les Émotions salées.
Charcuterie de poisson
Anchois roulé au beurre composé

A droite, un beurre d'algue à l'anchois fumé posé sur une tuile de riz croustillant. C'est gras mais c'est bon ! Une grande longueur en bouche.

A gauche, s'enlacent du daikon et une tranche de sériole, issue d'un poisson traité comme une charcuterie, surmontés d'un gel de ponzu de compétition. La sériole est bien salée mais bien équilibrée par le daikon.
Vapeur de tourteau sur une délicate royale au saké

Le tourteau dans tous ses états : en royale, en consommé et en chair, accompagné de petits pois caviar et de gel de consommé. C'est frais, iodé et printanier.






Pour ce déjeuner, nous avons donné carte blanche à notre jeune mais très compétent sommelier pour nous concocter un accord met et saké. Le premier est le Junmai Zaku Impression G, un saké entre deux, à la fois classique au nez et fruité en bouche, très élégant. Il se boit tout seul. Bien +
Thon rouge, gelée de yuzu ponzu

Un tartare d'akami (thon non-gras), des œufs de brochet, de la gelée d'aloé vera et ponzu et un surprenant râpé de cœur de thon séché. Une entrée exceptionnelle de douceur et de gout. De plus l'accord avec le saké est tout aussi exceptionnel.
Feuille à feuille d’endive et trévise marinée

Un millefeuille d'endive rouge dans lequel cohabitent quatre saveurs : shiso, œufs de poisson, céleri et huile de persil. Encore une entrée printanière, fraiche, légère, ludique... on en redemande. Là encore, bel accord avec le saké.

A suivre, un Duo de sashimis.
Veuillez excuser, fidèle lecteurs, ma Comtesse qui, inexplicablement et contrairement à son habitude, n'a pas pris photographié le Chu-Toro (thon mi-gras), très gouteux et bien relevé par gingembre et wasabi.
Sériole






Le second saké est le Sakehitosuji Junmaishu de Toshimori, un saké plus classique dans le style riz avec une bouche légèrement tannique. Bien/Bien+
La sériole est tout en douceur et en longueur. La sauce soja qui condimente les sashimis est fabuleuse.

Nous passons à la Collection de sushis nigiri, ou devrais-je dire au défilé...
Bar

Élégant, fin et un très bel accord avec le saké.
Saint-Jacques

Une Saint-Jacques française, douce, sous laquelle se cache une feuille de shiso. L'accord des deux est magnifique.
Lotte

Un filet de lotte surprenant.
Akami

Le soupçon de combawa râpé sur le thon donne un accord WAOW ! L'équilibre est parfait entre le poisson et l'agrume. Accord exceptionnel.
O-Toro

Fondant.... Le saké s'agenouille devant tant de profondeur de gout.







Nouveau saké, chaud celui-ci, le Yamahai Junmai Ginjo Sakehitosuji Jidai Okure de Toshimori. Café en attaque, très fin et élégant. Bien+
Fine Royale d’extraction de langoustines
au sirop de tomate et sureau

Petit interlude au milieu du défilé. une royale au gout de poisson et de carapace pimpée par une extraction de tomate au vinaigre de sureau qui apporte un gros shot d'acidité. Accord avec le saké excellent.
Chu-Toro

Le thon mi-gras, l'équilibre parfait entre gras et mâche. Miam !
Maquereau

Le gout du poisson est sublimé par la marinade au vinaigre.
Rouget et gras de porc






Un accord osé mais qui fonctionne parfaitement, l'ensemble prenant un gout surprenant de saucisse pimentée.

Nouveau saké, le Dassai 23, très clair, très droit, avec une finale très fraiche (estragon). Bien+

Nouvel interlude avec la langoustine...

...cuite au bichotan...

...et servie dans une feuille de nori que le passage éclair au feu a rendu croustillante. Second WAOW ! Une bouchée très gouteuse et d'une grande profondeur.
Daurade

Assaisonnée de sauce sésame et de sarrasin qui rehaussent le gout du poisson.
Maki de thon






Extrêmement fondant.

Surprise, nous abandonnons le saké pour un Morey-Saint-Denis 2018 de François Feuillet.
Lotte marinée

La queue de lotte est marinée 30 jours dans le kombu.
Tartare de wagyu
Uni

Troisième WAOW avec l'oursin. Le Dasai en décuple le gout.
Le wagyu est fondant, bien assaisonné en poivre. Une bouchée excellente et qui s'accorde parfaitement avec le Morey.
Chu-Toro





Cette fois, le thon mi-gras est passé à la flamme et servi avec shiso et nori. Le point d'orgue du défile. C'est fondant, gouteux et long en bouche.

Encore un autre saké, d'un style totalement différent puisque rouge ! Le Ine Mankai, à base de riz rouge. Un nez de saké vieilli, la bouche est légèrement sucrée sur les fruits rouges. Bien
Consommé de champignons sylvestres
Aloé vera

A droite, un dashi de corne d'abondance et mousseron des prés, idéal pour se rafraichir le palais. A gauche, de l'aloé vera, huile d'olive et prune, prélude aux desserts Amamis.
Rhubarbe cuite en croute de sucre au shiso
Sorbet et gelée de vinaigre de prune salée





Cette assiette très kawaï est accompagnée de gel de yuzu, de shiso rouge, d'aneth cristallisé et de meringue au sucre de bouleau.

Un dernier saké pour la route... le Junmai Fu, un saké sucré à 8°, un petit bonbon.Bon/Très bon
Quenelle de chocolat blanc glacé

Cajou du Brésil, yuzu et sobasha.
Croustillant au beurre d'algues, crème de jasmin

De la laitue de mer croustillante et caramélisée surmontée d'une crème au jasmin et fleur de sel.


L'année 2025 commence à peine et il est fortement possible que ce déjeuner soit pour nous le meilleur de l'année car la barre est mise très très haut. A ce niveau (pour une fois très justement récompensé par le guide du pneu), il est également fortement possible que L'Abysse soit le meilleur restaurant japonais de Paris. Certes, une telle qualité a un prix, évidemment élevé, mais tout à fait justifié. Aussi, fidèles lecteurs, si vous deviez briser votre tirelire pour une expérience gastronomique incomparable, allez tutoyer les sommets en plongeant dans L'Abysse.

Bon anniversaire mon amour

François

mercredi 19 février 2025

Yushin, le japonais sublime


Février... 14 février... Vous voyez certainement, fidèles lecteurs, où je veux en venir.

Cette année, nous nous décidons (enfin!) de franchir le seuil de Yushin, un VRAI restaurant japonais de Neuilly-sur-Seine, encensé depuis bien longtemps par des amis gourmets. De plus, pour une expérience totale, nous réservons une (des rares) place au comptoir pour le menu Omakase.


"Omakase" : "Je m'en remets à vous". Comprenez, nous nous en remettons au chef pour composer un menu du moment. Menu surprise donc, mais plein de promesses.
Nous arrivons donc à l'heure dite, en compagnie des autres convives. Au total, nous sommes cinq accoudés au comptoir.

En face de nous, le chef Shuhei Yamashita et son assistante, préparent, telles des abeilles virevoltantes, plats et sushis à la chaîne, avec précision et sans précipitation. Une mécanique d'horlogerie bien huilée.

Pour nous accueillir, un bouillon d'arêtes de poisson, très concentré mais peu salé. De quoi mettre nos papilles en éveil.
Huitre pochée, sauce d'huitre, huile de sésame

Une texture incroyable, onctueuse et légèrement sucrée. Une redécouverte de l'huitre.
Tofu de laitance

Une texture soyeuse/nuageuse, assaisonné avec une sauce maison à base de ponzu et soja. Une version du tofu inédite (pour nous) et surprenante.
Chiraschi

Du riz, du crabe, des œufs de saumon et de la poutargue. Un shot de saveurs marines. C'est simple mais très efficace.
Bar mariné, ciboulette, concombre

Une bouchée tout en douceur et en finesse. Le poisson garde une belle mâche.

Après ces entrées, commence le défilé des sushis. Le maître sushi les confectionne devant nous et nous les présente, un après l'autre.
Daurade

Extrême finesse.
Crevette douce

Douce, voire fondante, mais bien relevée par le wasabi.
Encornet

Bel accord avec le riz vinaigré. Très long sur le citron vert.
Crevette

Saint-Jacques

Une révélation ! La Saint-Jacques est sucrée ! C'est une Saint-Jacques japonaise !! Accord idéal pour le sushi, grande élégance.
Sériole

Gouteuse et moelleuse.
Bar

Racé.
Oursin

Une bouchée très gouteuse et longue.
O-Toro

La partie de la ventrèche de thon la plus grasse.
Chu-Toro

Le thon mi-gras. Plus de mâche et plus fondant que le O-Toro. Mon préféré.
Akami

On désigne sous ce vocable les autres parties non grasses du thon. Pour ces trois sushis, il s'agit de thon d'Espagne.
Maquereau

Un rouleau garni de gingembre, sésame, shiso et nori et brulé au chalumeau. Un vrai bonbon, une gourmandise...
Unagi

Le cri du cœur de ma Comtesse. Une anguille ultra fondante.
Maki de calebasse

Un ovni culinaire. Je reste sur ma faim.
Omelette

Sucrée comme il se doit et légère, légère...
Le défilé se termine... place au dessert.
Moshi azuki, glace matcha

Classiques mais de très bonne facture.
Avec ces agapes, sans surprise, c'est saké !
Umakara Mansaku

"L'étiquette verte avec des zigouigouis", dixit notre consultant es saké. Un excellent Junmai dans le style classique/eau. J'adore.

Ma Comtesse part sur un style moderne, le Zaku Gen no tomo. Puis elle revient au classique avec le Shichihonyari Teiseihaku 80%, plus sec et légèrement oxydatif, parfait sur les sushis.


Si vous trouvez, fidèles lecteurs, mes commentaires un peu lapidaires, voire succincts, c'est pour éviter de vous submerger de qualificatifs plus dithyrambiques les uns que les autres. En un mot comme en cent, waow... Pour dire les choses simplement, nous avons dégusté chez Yushin les meilleurs sushis de notre vie. D'aucuns diront qu'il est possible de trouver mieux, mais en faisant l'économie d'un billet de la JAL, voire des économies tout court, nous avons trouvé là un rapport qualité/prix excellent. Des poissons d'une fraicheur et d'une qualité exceptionnelles, des préparations au cordeau et un accueil prévenant (à la japonaise quoi...), que demander de plus ??? Un macaron pneumatique pour le moins...


François