Bienvenue

Bienvenue à toi, aventureux surfeur, qui vient s'échouer en quête de sens gustatif. Ici tu trouveras des récits d'agapes, des notes de dégustations bacchiques et des adresses prometteuses compilées avec amour.

jeudi 7 juillet 2022

L'Auberge des Glazicks


Cette année, vacances riment avec kilomètres. Après l'Alsace, destination Finistère.

L'Auberge des Glazicks, c'est l'auberge familiale d'Olivier Bellin à Plomodiern. La maison domine la baie de Douarnenez qu'on aperçoit depuis la salle du restaurant.

Table bretonne majeure depuis la retraite d'Olivier Roellinger et de Patrick Jeffroy, elle s'est vu attribuée deux étoiles du Guide du Pneu. Ma Comtesse ayant visité les lieux avec ses parents il y a maintenant de nombreuses années, il était temps de renouveler l'expérience en ma compagnie.

Amuse-bouches

Chaud Froid de Choux Fleur - Crème Glacée au Chèvre du Menez-Hom
Jus Encre de Seiche Iodée

Contraste de couleur mais aussi de température et de texture avec un chou-fleur croquant, une glace légèrement salée et un jus tiède. Surprenant mais bon.
Langoustine du Guilvinec Sautée – Première Tomate Cerise en Marmelade
Pied de cochon Croustifondant – Soupe de Tomate Glacée

Une entrée toute en douceur avec une langoustine nacrée, juste relevée par l'acidité de la tomate et le croustillant du pied de cochon.
Raviole de Homard Bleu – Crémeux de Boudin Noir
Amandes et Fèves au Jus Vert

Le plat de homard de ma Comtesse. Comme je suis gourmand (voire morfale), j'en ai deux...
Homard Breton de Kerity “Cuit Minute” - Boudin Noir Crémeux - Sauce Cardinal
Raviole de Tête de Cochon – Sauce Cardinal
Œufs de Homard Traités comme du Caviar

La cuisson minute n'est en rien exagérée. La chair du homard est nacrée, quasi crue ce qui lui confère un moelleux incroyable. L'accord avec le cochon est fort pertinent et la sauce Cardinal est une tuerie. La suite, la suite !!
La Pince au Beurre Demi-Sel - Farz Noir
Saucisse Fumée de Molène - Lait Ribot

Le homard façon Kig Ha Farz selon Olivier Bellin. Tout y est. Le far façon brujun (émietté), la double dose de protéines (homard et cochon) et le lait Ribot en guise de lipig. une fabuleuse idée très gouteuse.
Retour de Pêche Nacré – Crémeux de Petit Pois
Mijoté de Petit Pois « Cochonnaille »

Pour ma Comtesse, une lotte incroyablement nacrée, une texture soyeuse.
Retour de Pêche Nacré – Crémeux de Brocolis
Haricots Verts au Beurre Demi-Sel « Cochonnaille »
Beurre Blanc au Vinaigre de Criste Marine

Pour moi, un turbot cuit au varech.
Gwell à la Fleur de Blé Noir - Miel d’Abeille Noire de Plougastel de L’Ami Laurent Sevellec

Nage d’Abricots aux épices Douces – Crème glacée Carazin

Feuillantine de Gavotte – Fraise de Plougastel en salade de Citron Vert
Crème de Verveine du Jardin - Sorbet Fraise sans Sucre






Ce menu méritait une belle bouteille. C'est chose faite avec ce Meursault 1er Cru Genevrières 2019 du Domaine Michelot. Un premier nez discret et une bouche ample et équilibrée. Un vin parfaitement à l'aise avec l'ensemble du menu. Très Bien/Très Bien+




L'Auberge des Glazicks ne faillit pas à sa réputation. Olivier Bellin est un parfait ambassadeur de sa région et de ses produits, principalement ceux de la mer. Des cuissons millimétrées et très justes. Des préparations qui respectent les saveurs des produits. De quoi parfaitement justifier les deux macarons. En mérite-t-elle trois ? Il s'en faudrait de peu dans l'assiette mais certains détails (l'équipe de salle un peu rigide devrait se détendre un peu) mériteraient, à notre humble avis, d'être revus. Néanmoins, cette table mérite, fidèles lecteurs, que vous fassiez le voyage jusqu'en Finistère.


François

mercredi 29 juin 2022

JY'S


Cette année, nos vacances estivales commencent en Alsace en passant, comme le dit la chanson, par la Lorraine. A quelques kilomètres de Nancy, le petit village de Mont-l'Etroit accueille Carmen et Frédéric, un couple de confiseurs qui, sous la marque "Aux Portes d'Or", réalisent les meilleures Bergamotes de Nancy AOP. Un détour indispensable !

Vacances en Alsace riment avec visites de vignerons, flammekueche et kougelhopf. Mais pas que ! Parmi les nombreuses adresses de la région, nous avons fait le choix de nous rendre chez JY'S, la table gastronomique de Jean-Yves Schillinger à Colmar.

En bordure du Parc du Champ de Mars se trouve l'hôtel L'Esquisse au sein duquel JY'S dispose d'un accès direct au parc. La journée est chaude mais la terrasse qui profite de l'ombre des grands arbres est très agréable, sans parler de la tranquillité du parc à peine troublée par les passants.
Pesto déstructuré / Olives en trompe-l’œil







Nous prenons l'apéritif avec le Riesling Grand Cru Schlossberg 2016 du Domaine Kirrenbourg, d'une belle profondeur de bouche et le Muscat du Domaine Weinbach, bien Muscat au nez et en bouche.
Dans le sachet comestible, tous les éléments se combinent en bouche pour reformer un excellent pesto, frais et léger. Quand aux "olives", elles ont le plaisir du gout sans les noyaux.





Arrive une pomme mystère...
...qui dévoile les amuse-bouches : meringue guacamole et anguille, pizza tomate mozzarella, couteau en trompe-l’œil avec condiments agrumes et abricot, betterave et pamplemousse, arancini fève et pecorino, cacahouète en trompe-l’œil.
Entre Terre et Mer

Au premier plan à gauche, un vitello tonatto au piment d'Espelette. A droite, un tartare de boeuf au caviar osciètre parfaitement assaisonné.
Pour compléter le terre-mer, une salade de poulpe et couenne de porc soufflée. Tout un jeu de textures.
Foie gras frais de Canard




A gauche, le foie est brûlé au poivre noir et servi avec un condiment rhubarbe. A droite, il est râpé sur des lanières de thon rouge frais mariné au gingembre et wasabi. Deux compositions tout en moelleux et très très bien assaisonnées.


Pour le vitello, ma Comtesse a besoin d'un VTT, le Condrieu "Terrasses du Palat" 2020 de François Villard.





Pour ma part, un accord osé mais bien en place avec le Vin de France "Tinus" 2020 du Chateau des Tourettes.


Je l'avoue, fidèles lecteurs, je n'ai pas pu résister en découvrant le plat qui suit. Aucun autre plat de la carte du JY'S n'aurait pu trouver plus grâce à mes yeux.
Homard Breton

Je vous imagine, fidèles lecteurs, les yeux écarquillés et vous demandant "mais qu'est-ce que c'est que ça ???". Le plat signature de Jean-Yves Schillinger consiste à cuire le homard préalablement ébouillanté et décortiqué dans une cafetière italienne. Dans la partie inférieure, un bouillon thaï réalisé avec les carcasses de homard. Dans la partie supérieure, la chair de homard, carottes, citronnelle, coriandre et gingembre. Le feu est mis et le bouillon chaud monte dans la partie supérieure pour terminer la cuisson du homard. Après quelques minutes pendant lesquelles nous apprécions le spectacle, le homard repart en cuisine pour être dressé. Quant au bouillon, n’hésitez surtout pas à réclamer un doggy-bag afin d'en profiter à la maison le soir venu.

En attendant l'assiette, je patiente en compagnie d'agnolettis au homard, d'un lobster roll et d'un bun. Les premiers sont servis dans le même bouillon de cuisson thaï. Le lobster roll est assaisonné d'une rémoulade de compet' et le bun est une brioche de homard et Saint-jacques bien gratinée. Ces "accompagnements" sont déjà en plat en eux-mêmes.


Arrive enfin la pièce de résistance, dressée sur des pâtes au basilic et beurre de crustacés. C'est non seulement beau mais également très bon. Les pâtes sont très gouteuses et le homard a pris tous les parfums des herbes et épices de cuisson. C'est un très grand plat qui justifie totalement les deux macarons pneumatiques.
A grand plat, grand vin, tel ce Pinot Gris Grand Cru Brand 2014 du Domaine Josmeyer. Un accord parfait avec le homard et ses notes exotiques.
Petit aparté pour signaler le professionnalisme des sommeliers qui connaissent parfaitement la cave et prodiguent des conseils fort judicieux.
Faux filet de bœuf de Hida







Le plat de ma Comtesse n'est pas en reste. Le bœuf en provenance de la Province de Gifu (Japon) est servi en trois façons : en tataki, cuit à la plancha, au chalumeau sur une galette de chou vert au dashi et gingembre rose. Il est accompagné de chou pak choi fourré à la marmelade de shiitaké.






Nous restons sur un accord local avec le Pinot Noir "Terroir B" du Domaine Kirrenbourg. Vous devinerez aisément, fidèles lecteurs, de quel terroir de Granc Cru il s'agit.
Fraises / petits pois

Fraises marinées dans un jus concentré, confiture de vieux garçon, crème glacée aux petits pois, sablé breton aux flocons d'avoine et petits pois frais confits à l'anis vert. Un mélange plutôt improbable sur le papier mais qui fonctionne parfaitement.
Autour de la rhubarbe

Un bonbon de rhubarbe en croûte de sucre avec une meringue vaporeuse parfumée au shiso, accompagné de pâtes et lanières de rhubarbe, crème crue et sorbet rhubarbe. Le parfait dessert pour ma Comtesse qui est très friande de rhubarbe.
En avons-nous terminé ? Que nenni !

Le chariot d'après-desserts est fort tentant et ferait changer d'avis les estomacs repus. Surtout quand arrive...
Le praliné façon Tête de moine



JY'S est un restaurant parfait à tous points de vue. La cuisine, le service sont sans défaut, parfaitement à l'aise avec les deux étoiles et flirtent avec la troisième. Jean-Yves Schillinger compose une cuisine créative, certes éloignée de la gastronomie locale mais tout à fait contemporaine. Une table qui entre en bonne place dans notre carnet d'adresses. Notre conseil : fuyez Strasbourg et privilégiez Colmar... et JY'S.


François

samedi 7 mai 2022

Chez Xavier, pincez-moi !


Une fois n'est pas coutume (malheureusement !!), ma Comtesse et moi-même sommes ensemble le jour de notre anniversaire de mariage !
Eh oui, fidèles lecteurs, ces seize dernières années, nous n'avons pu qu'à de rares occasions célébrer notre union le jour J, voire le fêter tout court. Pour nos noces de saphir, c'est l'affluence au lieu des réjouissances qui nous a obligé à décaler très légèrement notre réservation. En effet, depuis leurs ouvertures, les deux adresse de Xavier Pincemin, Le Pincemin et Lafayette, ne désemplissent pas, au point de nous contenter d'un déjeuner au second, le "bistrot" du premier, le lendemain du 6 mai.
Xavier Pincemin, au cas où vous l'auriez oublié, est le grand gagnant de la Saison 7 de Top Chef.
Mezza Luna

Raviolis de feta/ricotta faits à la main, fricassée de tomates Coeur de Boeuf et fraises Gariguette.
Tacos de Sinaloa

Un trio de mini tacos prénommés "B.H.S." : Boeuf, Huitre et Saumon. Une bonne claque tant les assaisonnements sont justes à l'extrème.
Lafayette Tiger

Filet de boeuf mariné, sauce larmes de tigre.
Black Angus Colorado

Bavette ultra tendre, cuisson au barbecue et fumée sous cloche.
Crudités de légumes

Les accompagnements sont également à la hauteur, à l'image des...
Frites allumettes et Purée fumée

Carpaccio d'ananas

Ananas confit à la vanille, zeste de citron vert, basilic et framboises.
Intensément Vanille

Chou maison, panna cotta foisonnée, glace vanille et chocolat chaud.


Il vous faudra, fidèles lecteurs, un peu de patience et de persévérance pour réussir à réserver une table au Lafayette (ou même au Pincemin). Mais une fois le graal obtenu, vous ne regretterez pas le voyage culinaire.

François

vendredi 4 mars 2022

Anniversaire chez Pierre Gagnaire


Cette année, pour l'anniversaire de ma Comtesse, j'ai décidé de remettre en questions nos opinions. En effet, depuis de nombreuses années, nous étions quelque peu dubitatifs quant à aller chez Pierre Gagnaire. Les échos que nous avions étaient plutôt contradictoires : "C'est génial, faut y aller!", "Il est caractériel, s'il va bien, c'est génial, s'il est mal luné, c'est nul". Difficile de faire la part des choses dans ces conditions. Et puis, nous avons découvert l'homme en regardant ses apparitions dans Top Chef. Et, peu à peu, l'idée qu'il serait temps de lui rendre visite a germé, advienne que pourra.

Malgré tout, c'est avec grand plaisir que ma Comtesse a découvert le lieu des réjouissances : chaleureux, sobre et un accueil tout à fait cordial.

Avant tout, fidèles lecteurs, soyez avertis. Le maître-mot de Pierre Gagnaire est générosité. En effet, qu'il s'agisse des entrées, plats ou desserts, vous ne choisissez pas une entrée, un plat ou un dessert mais une déclinaison sur un produit ou un thème. Et ce, dès les amuse-bouches. Aussi, à moins que vous ne soyez doté d'un appétit d'ogre, privilégiez (comme nous) une entrée à partager et un plat. A vous de voir si, par la suite, votre estomac crie encore famine pour choisir un dessert. Mais voyez plutôt...








Nous commençons bien entendu par un apéritif. Anniversaire égal bulles, donc nous trinquons avec le Champagne Rosé Réserve de la Maison Charles Heidsieck, accompagné par quelques grignoteries (sept...).

Après la longue lecture de la longue carte et le choix cornélien de notre menu, nous commençons à accaparer le sommelier pour déterminer la bouteille de la soirée. Très bonne surprise, la carte des vins est aux antipodes des cartes de la plupart des grands restaurants parisiens, à savoir fort abordable. Certes, elle contient quelques bouteilles d'exception destinées aux bourses grandement gonflées mais également de belles bouteilles à deux chiffres. Comme nous avons des gouts de luxe, nous allons jusqu'à trois chiffres (136€) pour le Champagne Grand Cru "Réserve Oubliée" de Pierre Peters, un Blanc de blancs 100% Chardonnay du Mesnil sur Oger, élaboré comme une soléra démarrée en 1988.
Le nez est crayeux. Une attaque moelleuse avec une bulle très fine. la bouche s'épanouit sur une belle structure acide, très Mesnil, avec une point oxydative subtile. Belle longueur. Excellent

Le menu est choisi, la bouteille est là, les choses sérieuses peuvent commencer.
Cocktail de poche (Bœuf)

Dans le sens des aiguilles d'une montre, partant du coin inférieur gauche :
Jus de daube, moules d'Espagne, maquereau, pieds de mouton.
Bourse dans le filet, radis noir / cacahuètes, betterave rouge fumée.
Topinambours écrasés, cecina, lard de Colonnata (sous le couvercle).
Gelée ambrée : huître / gingembre, royal gala, feuille de granny smith.

Sachez-le, fidèles lecteurs, ces amuse-bouches ne sont que la première claque de la soirée. Dès la première bouchée, vous savez que vous êtes dans un trois étoiles et que les trois étoiles sont amplement justifiées. Et la suite n'est pas en reste.
JARDIN MARIN

Non, fidèles lecteurs, vous ne rêvez pas. Ce jardin marin, six assiettes par personne, est une entrée partagée pour deux.

A droite, Gambas de Palamos crues, segments de tangelo et de kabosu du verger Schaller, bettes maritime, pissenlit blanc, velouté onctueux de panais émulsionné à l’huile d’olive Santa Téa. Sachez-le, fidèles lecteurs, Pierre Gagnaire aime l'amertume, toutes les amertumes. Et les produits de saison, agrumes et légumes racines, en regorgent. La pièce maîtresse de ce jardin en est une belle illustration : l'amertume du pissenlit et de l'huile d'olive de Toscane est équilibrée par la douceur de la gambas, de la purée de panais et l'acidité sucrée des agrumes. Fraicheur et gourmandise.
A gauche, Gratin de riz noir vénéré | anémone de mer rôtie, déglacée au vinaigre de calamansi, amandes coquillages, vernis. Là aussi, du moelleux, de l'agrume et la mâche des coquillages et de l'anémone. Et encore de la gourmandise.

A gauche, Timbale de pistes, casserons, padron ; daïkon râpé et amandes effilées. Dans un cercle de padron (piment local de Galice), petits calamars et petites seiches poêlés.
A droite, Tartare Marin.

En haut, Marinière de coques et crevettes grises : glace huître au plancton. Ovni culinaire que cette glace au plancton, un gout étrange venu d'ailleurs en contrepoint de la saveur rassurante de la marinière.
En bas, Brandade crémeuse | kokotxas | tripes de morue. Un plat 100% morue avec une brandade de compèt', la partie inférieure du menton et les tripes. Des saveurs puissantes et parfaitement équilibrées.
SAINT-JACQUES - TOURTEAU - OURSIN

Mon plat.. qui en compte cinq. Dans le sens des aiguilles d'une montre, en partant de l'assiette centrale :
Corolle de Saint-Jacques saisie à la plaque, endive Erquy. Vous manquiez d'amertume ? L'endive va se charger d'en imprégner ces Saint-Jacques qui prennent une saveur inédite.
Grosse noix croustillante, suc de clémentine, red meat. Vous vous demandez à quoi ressemble un plat trois étoiles ? C'est simple : des produits de qualité, des cuissons parfaites et un équilibre des saveurs sans défaut. Des Saint-Jacques extra-fraiches, un jus de clémentine à l'équilibre sucre/acide optimal et du radis presque croquant pour la mâche. Et voilà !
Priestley, chair de tourteau liée d’un jus d’agrumes, ficoïde glacial. Certes, ce n'est pas la préparation la plus glamour de cet ensemble. La chair de tourteau est recouverte de Priestley, préparation imaginée par Hervé This et concrétisée par Pierre Gagnaire. L'idée de base est la crème anglaise où une autre protéine animale (viande ou poisson) remplace l’œuf. Ici, la protéine est la chair de Saint-Jacques mixée, cuite avec de la crème et du vin espagnol et servie froide. Si j'osais, je dirais que nous sommes face à une interprétation singulière du tourteau mayonnaise. Mais, la fraicheur de la chair du tourteau, ce Priestley à la texture légèrement granuleuse et à la saveur (une fois encore) inédite qui enrobe le palais et l'amertume de la ficoïde forment un ensemble qui bouscule -avec douceur- les papilles.
Flan d’oursin au vieux malt, graines de sarrasin. Parmi toutes les propositions de la carte, celle-ci m'avait fait de l’œil au point d'influencer mon choix. Là encore, je fais face à un inédit. En résumé, je mange du whisky écossais. Mais un whisky qui combinerait la tourbe d'un Highland et l'iode d'un Islay. Seul le croquant du sarrasin torréfié vient atténuer la puissance de cette préparation totalement bluffante.
Langues d’oursin, brocolito, crêpe épaisse de blé noir. Un petit voyage en Bretagne ? Pourquoi pas... Là encore, une préparation très simple pour une association inédite qui fonctionne très bien.
VEAU DU LIMOUSIN

Ma Comtesse, grande viandarde devant l’Éternel, ne peut résister à cette déclinaison autour du veau, dont la pièce maîtresse est :
Côte de veau frottée de carvi – elle est poêlée à la casserole, déglacée à l’absinthe ; voile de laitue, oignons grelots.
Radis multicolores
.

La bête est présentée dans son sautoir, arrosée d'absinthe, recouverte et renvoyée en cuisine afin d'être dressée comme il se doit avec la laitue, les oignons et les radis. Mais ce n'est pas tout...

(A droite de la côte) Amourette Frigoulette, échalote confite. La moelle épinière du veau est juste servie en croute au thym et accompagnée d'échalotes bien confites. La cuisson bien colorée apporte de la mâche à cet abat au gout très fin. Thym et échalote lui donnent de la profondeur tout en douceur.
(A gauche de la côte) Oreille, spaghettini aux câpres La Nicchia. Oreille, pieds, cœur... Ma Comtesse adore tous ces abats. Là encore, une préparation toute simple mais parfaitement équilibrée.
(Au dessus de l'oreille) Rognon blanc Dundee-Peecky, feuilles de moutarde. Bis repetita...

Pré-desserts

Après ces agapes, Ma Comtesse demande grâce et abandonne à regrets le dessert/déclinaison autour de la truffe noire qui l'avait séduite lors de la prise de commande. Pour ma part, ma gourmandise naturelle prend le contrôle de mon cerveau et réclame...
LES AGRUMES DU MAS SCHALLER

(Assiette principale) Soufflé hanayuzu, quartier de pomeloquat. J'adore les soufflés. Ici, tout se mange, y compris l'écorce du yuzu. C'est une superbe réalisation, une harmonie gustative très bien équilibrée entre amertume et sucrosité. Je me répète mais j'adore !
(Au centre, à gauche) Trois oranges : chocolat, japon, sanguine. Le produit dans sa plus simple expression.
(En haut, à gauche) Sorbet bergamote, infusion des feuilles. Un Earl Grey glacé...
(Au dessus du sorbet, caché...) Simone sudachi, feuille de chocolat au lait, caramel kalamansi. Chocolat et agrume, ça fonctionne...
(En haut, à droite) Riz Impératrice : marmelade d’agrumes du moment, cristal de vent. Pendant toute mon enfance, le riz au lait a été ma bête noire, lui préférant le gateau de semoule. C'est vous dire à quel point j'étais fan des desserts de ma mère, bénie soit-elle. Ici, c'est une caresse juste relevée d'agrumes et de meringue au citron.
(Au centre, à droite) Lime pursha en granité, aloe vera, cubes d’ananas à l’angélique. On dit aloe vera et ma Comtesse retrouve son appétit...
(En bas, à droite) Jus frais de citron haruka. Une petite boisson pour se refaire le palais.
Comme quoi le monde des agrumes ne se limite pas aux oranges et citrons. Une belle exploration où tous les éléments trouvent leur place pour un équilibre parfait.


Je pense, fidèles lecteurs, que vous avez compris à quel point nous avons apprécié cette expérience culinaire hors du commun. Je le répète, les trois macarons pneumatiques sont amplement justifiés et il ne fait aucun doute que nous y retournerons pour profiter du grand dessert (qui en compte huit...). En résumé, trois mots : créativité, générosité et justesse. Autrement dit, du génie.


François

lundi 14 février 2022

Saint-Valentin aux 110 de Taillevent


Oui, fidèles lecteurs, je vous entends dire : "Oui, la Saint-Valentin, c'est commercial, c'est un complot des fleuristes et des bijoutiers, la Saint-Valentin c'est tous les jours...". Et je ne peux que vous approuver. Il est vrai que par le passé (sauf une fois mémorable), nous n'avons pas succombé aux sirènes des Lupercales, préférant, ma Comtesse et moi, célébrer notre amour la veille ou le lendemain du 14 février afin d'éviter menus spéciaux et foule de couples amoureux.
Je dois cependant admettre que, cette année, nous avons fait preuve de faiblesse face au menu proposé pour l'évènement par Les 110 de Taillevent.
Les 110, c'est l'annexe œnologique de la célèbre maison Taillevent, chef-d’œuvre de feu Jean-Claude Vrinat, maintenant aux mains de la famille Gardinier. Son nom n'a rien à voir avec sa localisation (195 Rue du Faubourg Saint-Honoré) mais il désigne les 110 vins au verre disponibles à la dégustation. En dehors du menu, c'est aussi ce qui nous a décidés.
Mais voyons donc ce fameux menu...
RAVIOLI DE FOIE GRAS,
émulsion châtaigne, chartreuse verte

La pâte fine emprisonne un foie gras moelleux. L'émulsion développe des notes de sous-bois subtilement relevées par les notes végétales de la Chartreuse. L'ensemble est bien équilibré sans aucune lourdeur.
Avec chacun des plats du menu, quatre accords sont proposés. Parmi ceux conseillés avec le ravioli, ma Comtesse choisit (évidemment) le Chablis 1er cru "Montée de Tonnerre" 2011 du Domaine François Raveneau. La bouche est beurrée, longue avec une finale sur l'huitre. Très Bien/Excellent
Pour ma part, je choisis le Champagne Extra-Brut "Origin'elle" de Françoise Bedel. Un très très beau Meunier, très élégant avec une bulle très fine. Un bel apéritif. Excellent
VIENNOISE DE SOLE,
mousseline d’épinard, comté, vin jaune

Waow ! Quelle entrée ! La viennoise est magnifique, l'équilibre des saveurs très juste et le jus d'arêtes au vin jaune est une tuerie.
Cette fois, on inverse. Des bulles pour ma Comtesse, le Crémant de Savoie "Brut Alpin" 2015 du Domaine Blard & Fils. 100% Jacquère, un vin vif et élégant. Bien/Très Bien
Pour moi (évidemment) l'Arbois Vin Jaune 2014 de Jacques Puffeney. Un nez de noix et de curry. En bouche, une attaque souple et...boum ! Le Savagnin déboule. Excellent
VOLAILLE EN DEMI-DEUIL,
crosnes, gnocchis herbacés, sauce suprême

Un grand classique parfaitement exécuté et là encore très bien équilibré. Et en plus, il y a des crosnes, un de mes légumes préférés et malheureusement trop absent des tables des restaurants.
Passons aux rouges. Pour ma Comtesse, le Hautes Côtes de Nuits "DR" 2018 de David Duband. Un joli panier vif de groseilles et cassis. Bien +
Pour moi, le Saumur-Champigny 2013 du Clos Rougeard. Un Cabernet bourguignon, très élégant avec un nez fin de tabac. Excellent
VACHERIN AUX AGRUMES,
champagne et mandarine impérial

Une merveille de dessert, tant visuellement que gustativement. Légèreté, faible sucrosité et plein d'agrumes (j'adore la mandarine). Un gout de trop peu...
C'est le moment de se lâcher sur les accords. Pas un, pas deux, mais trois vins font leur apparition sur la table :
- Le Gaillac Doux "Ondenc" 2016 du Domaine Plageoles. Une bouche riche de raisin frais et sec. Excellent pour lui-même mais trop doux pour le vacherin.
- Le Jurançon 2004 d'Uroulat. Truffe, truffe et truffe. Avec l'âge, le Petit Manseng a atteint sa plénitude aromatique. La bouche est très, très longue. Excellent mais... trop de truffe tue le vacherin.
- Le Pacherenc du Vic-Bihl 2017 du Domaine Labranche Laffont. Le Manseng jeune dans toute sa vivacité qui s'avère le parfait compagnon des agrumes du vacherin. J'avais parié sur cet accord et bien m'en a pris. Excellent


Or donc, fidèles lecteurs, un menu certes classique mais exécuté à la perfection, sans roses rouges, ni violons (et c'est tant mieux !). La carte "habituelle" est au diapason avec, en ce moment, un superbe pithiviers qui s'avère être une tourte de canard au foie gras qui nous a fait baver d'envie. Quant aux 110 vins aux verre, il y en a pour tous les gouts et toutes les bourses. En conclusion, une table qui devrait bientôt devenir un repaire pour nous et nos amis amateurs de bonnes chère et libations.

François